Le chemin d’en haut

J. P. Chabot

J’héritais de tout ce que je voulais pas. Je pensais y avoir échappé, j’y retournais. La maison de mon enfance, la petite blanche qu’on voit quand on se perd sur le chemin d’en haut, en montant vers Saint-Marc. J’allais régler la succession pis revenir à Montréal au plus sacrant, pas question de m’éterniser. J’ai croisé un bar-motel à la sortie de Rivière-Bleue, le Cygne Blanc, j’ai décidé d’arrêter. J’avais pas le cœur de continuer, de prendre le croche pis que la maison apparaisse, avec la grange, la forêt. Sam m’attendait au comptoir. J’y ai commandé une bière, on a jasé. Entre les cris des deux-temps dans le parking, les rumeurs de la scierie, j’ai vu l’avenir. Il était aussi irrévocable que mon passé.

C’est un livre de parole et de voyance. Il parle de ce qu’on transmet – des biens, des manières, des histoires. Il parle de la maladie et du deuil. Il dit la spoliation du territoire, du corps, le pillage en règle qui gouverne nos vies et les relègue, après le travail, dans le dernier temps, à l’ombre de la mort.